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J'ai fait deviner à mes élèves ce que leur téléphone sait d'eux

Selon vous, votre téléphone sait-il où vous étiez le 14 février dernier à 17 h ? C'est par cette question que j'ai ouvert ma séance de géolocalisation en seconde. Dix minutes plus tard, je projetais six mois de mon propre historique de déplacements au tableau.

Une question toute bête pour commencer

Avant d'allumer le vidéoprojecteur, je pose la question au tableau. Les réponses fusent. Une bonne moitié de la classe répond non. Les autres disent oui, mais « seulement si on a utilisé le GPS ». Presque personne n'imagine que l'enregistrement des déplacements est continu, silencieux, et remonte à plusieurs années.

Je leur fais écrire leur pronostic sur un post-it. C'est un détail, mais ça change tout : ils ont pris position, ils vont vouloir savoir s'ils avaient raison.

Le moment où la salle se tait

Je projette mon historique de localisation. Six mois de trajets, ma commune, mon lycée, mes horaires d'arrivée le matin, mes courses du samedi, ce week-end à 400 km de chez moi. Le point le plus efficace n'est pas la carte : c'est la petite ligne « vous avez passé 1 h 42 à cet endroit », avec le nom du commerce et l'heure exacte.

En dix minutes, sans discours moralisateur, ils ont compris quelque chose qu'aucun cours magistral sur les données personnelles ne leur avait fait comprendre.

Pourquoi je montre mes données et jamais les leurs

C'est le point sur lequel je ne transige pas. La tentation est grande de demander à un volontaire de projeter son propre historique : l'effet serait encore plus fort. Je ne le fais pas, et je déconseille de le faire.

D'abord parce que ces données sont celles d'un mineur, et qu'on ne sait jamais ce qu'un historique de déplacements va révéler devant trente camarades. Ensuite parce que l'élève ne peut pas consentir librement quand c'est son professeur qui demande, devant la classe. En exposant mes propres données, j'assume le risque à leur place.

Reproduire l'activité dans votre classe

La consultation depuis un ordinateur n'est plus possible : les données sont désormais stockées sur l'appareil. Il faut donc passer par l'application Google Maps du téléphone, puis projeter l'écran. Côté iPhone, le chemin passe par les réglages de confidentialité et les services système. Vérifiez la manipulation la veille : les interfaces bougent souvent.

Prévoyez un plan B : certains élèves auront désactivé l'historique, d'autres n'auront pas de compte. Une capture d'écran anonymisée préparée à l'avance évite de perdre la classe.

Et surtout, terminez par l'action : je réserve les dix dernières minutes à la désactivation et à la suppression de l'historique, en direct, pour ceux qui le souhaitent. Sans cette étape, la séance ne produit que de la résignation.

Ce que j'en retiens

Un an après, plusieurs élèves m'en reparlent encore. Aucun n'a jeté son téléphone, et ce n'était pas le but. Mais ils savent désormais que le réglage existe, où il se trouve, et qu'il leur appartient de choisir. Pour une séance d'une heure, c'est déjà beaucoup.

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